Histoire - D'où venons-nous ?

L’Humanité avait disparu et puis, d’un coup d’un seul, elle reparaît. Et ils osent dire que le divin n’existe pas ?
Joo Rokisha – Original et mécène de la Factory sur l’arche de Laplace.

La Néogenèse

Notre histoire est à la fois perdue dans le fond des âges tant elle est ancienne, mais aussi extrêmement jeune. C’est là tout le paradoxe dont nous souffrons également.

Lightbox Image
Gliese 1214b, la Source, était totalement abandonnée lorsque le premier clone ouvrit les yeux.

Commençons par ce dont nous sommes à peu près certains. Il y a près de 400 A.T. (années terrestres), un programme relance des génératrices de clones sur Gliese 1214b, une planète à l'écosystème proche de celui de la Terre et aux infrastructures humaines adaptées à la vie. Ce programme intelligent contenu dans une sonde exploratrice lancée en 2101 recèle l’essentiel des connaissances de l’humanité de cette époque. Le monde de Gliese 1214b semble complètement vidé et abandonné. Aucune trace d’hommes ni de l'océan qui était censé recouvrir la planète. C’est l’an zéro de notre Renaissance que l’on décide arbitrairement de fixer comme étant l’an 2102.

Surviennent alors les premières interrogations sur des sujets fondamentaux. Ces nouveaux hommes instruits sur base de nos connaissances de 2101 se rendent vite compte que l’époque à laquelle ils s’éveillent ne peut correspondre à une époque proche de 2101. A quelle date sommes-nous ? Les installations ultra-avancées non affectées par l’érosion du temps sur Gliese 1214b, l’état du système solaire alors éloigné de près de 42 A.L. (années-lumière) et les informations contenues dans la sonde tendent à démontrer que l’on devrait se situer à une époque plus lointaine que ce que l’on pourrait imaginer. La période écoulée entre 2101 et 2102 est appelée Spasme, car elle correspond à un temps incertain durant lequel nous perdons trace de nous-même.

Ne sachant pas situer à quelle date nous sommes exactement, et dans une tentative pour nous rattacher à notre époque révolue, nous continuons à utiliser le calendrier et les mesures de la Terre, sorte d'ancre dans cet océan d'inconnu.

 

Mens senex in corpore juveni

Les nouveaux hommes ainsi créés par ces installations hyper avancées ne correspondent pas du tout à ce que l’on savait des hommes en 2101 (qu'on différencie d'ailleurs de nous en les nommant les Premiers). En effet, nous découvrons avec horreur que le nouvel humain ainsi cloné, que nous sommes dans ce que nous appelons parfois Néo-humanité, ne peut plus se reproduire. De plus sa génétique - notre génétique -, bien qu’apparemment similaire, n’a presque plus rien de commun avec ce que nous étions auparavant. Ce que nous sommes semble être à l’antipode de nos connaissances de 2101. Nous sommes plus forts, ne tombons presque jamais malades, notre métabolisme est plus résistant et se régénère de façon quasi instantanée, nous n’avons plus d’instinct de reproduction et le sexe traditionnel ne nous procure plus de plaisir… C’est comme si nous avions été étirés sur des années et que notre schéma de pensée ne correspondait plus à notre corps. Nous sommes à bord d'un nouveau vaisseau de chair qu’il convient de redécouvrir.

Ce vertige ne nous empêche pas de relancer une nouvelle mission (non habitée) vers la Terre en 2104 pour en apprendre davantage. Nous érigeons dans le même temps les prémices d’une nouvelle civilisation sur Gliese 1214b que l'on rebaptise pour l’occasion La Source. Quelques années plus tard, La Source est riche d’une vingtaine de milliers de nouveaux humains et le conseil des Primarques est institué ainsi que le Trigone (l’organisme garantissant l'ordre et la protection civile). Les installations sur place dépassent notre compréhension mais nous arrivons néanmoins, petit à petit, à en comprendre et utiliser quelques parcelles. Malheureusement les plans ou l’explication de leur confection demeurent un mystère. C'est comme si nous avions hérité d'outils dont nous ne comprenons pas le réel usage et que nous détournons pour arriver à en faire quelque chose.

C’est d’ailleurs à ce moment que l’on se rend compte des changements plus pernicieux qui nous affectent. Notre manque de créativité démontre avec force notre incapacité à pouvoir inventer ou imaginer des concepts qui ne nous sont pas familiers. C’est d’ailleurs une des raisons invoquées pour justifier notre manque de maîtrise de ces hyper-technologies (ou technologies oubliées comme certains les appellent parfois). A notre infertilité s’ajoute donc la chape de notre faible inventivité.

Nous pensons être seuls et laissés à notre propre sort sans autre but bien défini que de vivre. C’est en 2158 que nous subissons ce qu’il a été convenu ensuite d’appeler la Grande Dépression (ou Grande Dame pour certains).

 

La Grande Dame

La compréhension, pour ceux d’alors, que rien ne changera jamais et que notre bagage génétique est figé correspond pour beaucoup à une définition de l’enfer. Chaque fois que l’on meurt, on reconstruit un être identique sans aucune perspective d'évolution ou de changement. Même si c'est fondamentalement une autre personne, il n'en reste pas moins un sentiment d'homoclonie (penser que son clone est soi-même). Le darwinisme est devenu une notion obsolète et nous ne sommes pas capables de rattraper notre retard technologique. Et pour tous les individus, tous les pairs (c’est ainsi que l’on appelle les clones issus d’une même souche, d’un même modèle), sont pareils. Pour l’éternité.

Une fois un individu atteint par ce mal, cette révélation profonde et intime, l’envie de vivre disparaît. Beaucoup se donnent la mort ou même la demandent. C’est à cette époque que l’on pressent aussi le lien transpair où les descendants d’un pair dépressif semblent plus susceptibles de développer à leur tour cette maladie. De nombreux modèles sont définitivement écartés de l’humanité car ils tombent systématiquement « malades » au bout de quelques temps, contaminant les plus optimistes et les plus forts de par leurs doutes et leurs peines. Certains individus détruisent volontairement leur Séquence (le circuit contenant le modèle génétique unique qui permet de créer un clone) pour éviter d’infliger cette vie de souffrance à leurs successeurs. A peine émergente, la nouvelle humanité passe à deux doigts d’être complètement éradiquée. Nous perdons ainsi à jamais plus de 80% des modèles existants. Il n’en reste qu’un peu moins de 40.000.

C’est après cette époque que sont créées les Veuves sous l’impulsion d’Evasepharan Gelo, sortes de garantes de notre optimisme, de notre existence et mémoire de ce qu'était, de ce que doit être l’humain. On insiste également sur la notion d’utilité propre qui devient un principe de notre société afin, notamment, de ne pas sombrer dans cette maladie. Chacun se doit d’exercer une fonction utile afin de préserver son esprit de la terrible condition à laquelle nous sommes confrontés. Dernière leçon majeure de notre épreuve, on gomme toute notion relative au clonage dans notre vie de tous les jours, tant que faire se peut, afin de chasser ces sentiments d'homoclonie, prémisses à toute dépression.

Vers 2181 de notre nouvelle ère, la mission envoyée vers la Terre envoie ses premiers messages en Intricomm et nous apprend que le berceau de l’Humanité est devenu impropre à la vie depuis des éons, ainsi que toutes ses colonies terraformées (Mars, Europe et Titan). Il ne reste nulle trace des Premiers, ceux qui pouvaient procréer et que la sonde avait laissés derrière elle en 2101. Rien n’indique une catastrophe ayant mis un terme à l‘humanité. Tout pousse à croire qu'ils sont partis et qu’une de leurs dernières planètes habitées fut La Source. Aucune information quant à leur possible destination n’a malheureusement jamais été découverte à ce jour.

La nouvelle humanité se découvre alors un but qui va lui redonner un nouvel espoir, une porte de sortie. Retrouver ces Premiers, ces humains véritables, savoir ce qui leur est arrivé et espérer qu’ils puissent nous libérer de notre condition. Même si cela ressemble plus à une fable qu’à un réel objectif, c’est ce dont on avait besoin pour nous rattacher à la vie, au futur. C’est un peu moins de cent ans plus tard qu’une nouvelle découverte va rendre ce rêve un peu fou, un peu plus palpable. Durant ce temps, la première génération de clones s’éteint peu à peu.

 

Les arches

Il est grand temps de rallumer les étoiles
Guillaume Apollinaire – Auteur peu connu.
Lightbox Image
Les barges de Technocorp transportent la vie au sein des arches.

C’est en 2253 qu’Arch i-Baldrinn, un génie dans les télécommunications découvre l’existence d’autres endroits colonisés par l’homme dans les temps anciens. Nommées arches en hommage à celui qui les redécouvrit, celles-ci sont des systèmes de planètes terraformées qui ont été utilisées par les Premiers. Elles sont maintenant délaissées, sauvages, et seules répondent sur ces planètes les installations qu’on appellera plus tard archotypes (complexes servant à relancer la génération de clones).

Recréant la vie dans les arches, et via l’Intrinet, on constate que leur emplacement est plus qu’incertain, ne sachant pas réconcilier un quelconque objet astral entre La Source et ces arches. Elles sont sans doute éloignées au-delà des lumières qui nous arrivent. Ces îlots de civilisations ne sont rattachés entre eux que via intricommunication avec La Source pour seul relais. Un élément est pourtant commun à toutes ces arches, les planètes qui les composent ont toutes une rotation de 24h et une masse ainsi qu'une gravité assez similaires à celles de la Terre. Cette prouesse d'astrophysique ne manque pas de faire réfléchir sur la capacité qu'avaient les Premiers à maîtriser l'univers...

L’humanité redécouvre donc l’univers et se l’approprie à nouveau. Après plusieurs décennies, seules 3 arches sur 47 ne répondent toujours pas aux intricommunications malgré la relance des archotypes. Elles sont considérées comme abandonnées.

Depuis lors, on a fait notre petit bonhomme de chemin, sans réellement avoir vécu de changements majeurs. On trouve bien parfois dans les arches des reliquats des premiers hommes, voire au mieux des hyper-technologies que l’on tente de comprendre et d’utiliser. Mais rien ne nous a aidé jusqu’ici à savoir comment nous pourrions rentrer en contact avec eux, ni même savoir où ils seraient allés. Nous continuons donc à redécouvrir les mondes terraformés des arches dans l’espoir d’y trouver trace des Premiers.

Parfois, malheureusement, cela se passe très mal sur les arches malgré toutes les tentatives de régler les problèmes. La Source arrête dès lors d'envoyer de nouveaux habitants. On appelle ça un reset. Cela règle les problèmes de façon pacifique. Au bout d'une centaine d'années la Source relance l'arche et celle-ci redémarre, même si les nouveaux arrivants doivent reconstruire une bonne partie des infrastructures. Il existe deux sortes de reset, ceux qui affectent l'entièreté d'une arche, et ceux demandés par l'Arcade locale affectant certaines planètes uniquement. Ce dernier cas arrive assez souvent lorsque trop d'archotypes tombent aux mains d'insurgés, par exemple.

 

Avant 2102

Ce qui nous reste de notre passé (celui des Premiers) est assez vague. Non pas parce que nous n’en savons rien, mais plutôt parce qu’il ne constitue pas un élément important de notre imprégnation. Aussi, la plupart des gens s’en contentent. Il n’y a nul besoin de savoir les spécificités d’une époque qui n’a plus aucun rapport avec la nôtre. Les noms des grands de cet ancien monde nous sont inconnus. Leurs pays, villes et autres notions cuturelles se sont effacés avec leur disparition. Aucune de leurs spécificités ne compte réellement pour nous.

Il y a bien chaque année les Mémorials, durant lesquels on recrée des objets d’antan pour s’en rappeler leur fonction sociale. Mais à part ça, plus personne ne sait les noms des chanteurs dont on entend les musiques un peu partout, ni les pays, marques, oeuvres ou gens célèbres d’avant 2102.

Nous savons que ce qu’Oméga a rapporté a été décortiqué et utilisé en vue de créer une société meilleure qui éviterait de retomber dans les travers du passé. Nous savons qu’ils déclenchaient des guerres et s’entretuaient, nous savons aussi que leur modèle social et économique était très inégalitaire. Et tout brutaux qu’ils étaient, ils étaient capables de procréer. C’est sans doute aussi pour ça qu’on n’est pas trop friands de voir leurs images d’enfants ou de famille.

Tout ça appartient au passé.

Et en parlant de passé, en voici les quelques faits les plus marquants qui expliquent comment nous en sommes arrivés là.

Année 2031

Seth Shostak découvre un signal qui semble venir d’ailleurs. Ce signal aurait un schéma de construction lui permettant d’affirmer qu’il est « intelligent ». Sommes-nous seuls dans l’univers ? A cette époque, l’histoire fait grand bruit puis retombe assez vite lorsqu’on comprend qu’il s'agirait probablement d’un écho de nos propres émissions. Certains semblent pourtant ne pas croire à cette version et tentent en vain d'y trouver un message.

De nombreuses personnes sont atteintes de visions brèves. Ce n'est que plus tard qu'on fera le lien avec le signal. Ces personnes semblent avoir compris des choses qu'elles ne peuvent restituer. On les prend à l'époque pour des marginaux.

Année 2032

Le signal devient multiple et par recoupement, on se rend compte qu’il devient possible de le comprendre. Près de 0,5% de la population mondiale est atteinte par ces flashs cognitifs (comme on les appelle dès lors). C’est une découverte sans précédent qui nous fait dire que nous ne sommes pas seuls dans l'univers. L’humanité découvre des données scientifiques jusqu’alors inconcevables. Ce nouvel élan technologique est propice à l’émergence de nouveautés dans tous les domaines, et l’Homme est à l’aube d’un énorme bond en avant.

Année 2047

Le Big One. Les nouvelles technologies et les dérives d'un monde dédié à la finance uniquement ont rendu l’économie mondiale chancelante. Tant de changements dont tant de gens ont voulu tirer profit créent la plus grande crise économique que l’Homme ait jamais connue. Le monde s'affale puis se reconstruit sur un modèle plus sain.

Année 2080

L’humanité a effectivement mis à profit les données qu’elle a récoltées. Le signal s’est arrêté quelques années seulement après sa découverte, mais il reste encore tant à en tirer, riches des nouvelles bases qu'il nous a founies.

Même si c'était déjà le siècle des sciences, celles-ci se placent tels les dogmes de notre avenir. Nous sommes persuadés que tout va changer dans les prochaines années et les regards se portent vers l'espace qu'il semble maintenant possible de conquérir.

Année 2085

Le travail du mathématicien Shivanmayan prouve sicentifiquement que le divin ne peut exister. De l’origine de l’univers à la fin de celui-ci, il ne reste plus de place pour les croyances. Même si le travail du mathématicien semble mal compris par le commun des mortels, le monde sombre dans une froide résolution et les croyances redoublent. Certaines guerres se succèdent, balayant les frontières, opposant sciences et croyances.

Année 2101

Grâce au financement participatif mondial, l’homme peut créer des projets d’envergure de toutes sortes. Voit le jour, entre autres, la mission de la sonde Oméga, projet non gouvernemental, ayant pour but de retrouver l’origine du signal de 2031, mais aussi découvrir s'il existe de la vie/une planète habitable dans les confins de l’univers.

Ce qu'emporte Oméga reste à ce jour la seule connaissance que l'on ait de l'époque datant d'avant la Renaissance.

 

Ligne du temps

Lightbox Image
 
Ce document vous est proposé par DataLog – Section Khayyam, Localité Maatrah, secteur DNG-72, Outpost Sigma.